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Le livre de Gildas Bernard en ligne sur ArchivesGenWeb vendredi 21 juillet 2017
 
 

PREFACE






La recherche historique s'inscrit parmi les activités de culture auxquelles l'homme de notre temps accède dans sa volonté de faire au lieu de regarder faire, cette volonté qui pousse l'amateur à jouer lui même d'un instrument sans s'interdire d'écouter jouer le virtuose, et qui pousse l'amoureux des vieilles pierres à se faire l'artisan d'une restauration modeste sans se refuser la joie de visiter les grands monuments où il ne lui est pas permis de porter la main. Épris de notre histoire commune, lecteur et spectateur du travail élaboré des historiens de métier, notre contemporain trouve aussi l'une des voies de son épanouissement en faisant sien le labeur de l'historien.

Il serait vain d'opposer ici le travail du professionnel, celui de l'historien formé aux méthodes des chartistes et des universitaires, à l'entreprise de l'amateur qui débute -- à vingt ans ou à soixante quinze ans -- dans l'art difficile de déchiffrer les documents et d'en interpréter la teneur. Tout est affaire de degré dans l'enthousiasme, dans le temps passé, dans la perspicacité, autant que de degré dans la connaissance de l'histoire générale, du vocabulaire ancien, des méthodes d'analyse et de la critique. Il est de bons historiens et il en est de mauvais parmi les hommes de métier comme parmi les amateurs. L'essentiel est de n'aborder que ce que l'on peut faire, et de le faire avant tout, pour son plaisir. Comme celle d'un village ou celle d'une maison, l'histoire d'une famille ou l'histoire d'un homme s'inscrit parmi ces domaines que l'amateur d'histoire déchiffrera plus aisément que celui des structures sociales ou des phénomènes monétaires. Au reste, il est de bonnes monographies qui peuvent concourir, malgré leur horizon limité, à la documentation de plus vastes synthèses. L'intérêt du travail ne se mesure pas à ce qu'il embrasse mais à ce qu'il apporte.

Laissons ici quelques illusions, qui seraient vite sources de déception. Même étroitement circonscrit, l'ouvrage historique est aussi exigeant que le sont la fouille archéologique et l'apprentissage du violon. Il y faut du temps, beaucoup de temps, et l'on ne saurait faire l'escompte préalable du rendement que l'on attend d'un dépouillement. Comme il est des champs de fouille qui se refusent à livrer la moindre pièce digne d'exposition, il est de longs dépouillements qui se révèlent à peu près vains. L'historien de métier connaît ce risque autant que l'amateur. Il faut aussi le loisir de se déplacer tant il est vrai que rares sont les familles dont toute l'histoire se conserve en un seul dépôt d'archives. Si l'objet d'une étude est à l'autre bout de la France, et si l'on peut s'y rendre, mieux vaut savoir que l'étude sera difficile et qu'il serait raisonnable d'en entreprendre une autre. Même à l'époque du microfilm on ne se fait pas plus l'histoire d'une famille provençale sans aller en Provence, qu'on étudie la flore des Alpes sans quitter la Beauce, ou le site de Délos sans aller en Grèce. La recherche sera d'autant plus féconde, et le chercheur d'autant plus heureux, que l'objet en sera défini en tenant compte du possible.

Mais il est bien des obstacles que peut vaincre la volonté. Le dédale des fonds d'archives est l'un d'eux, comme la difficulté de lecture des écritures anciennes ou le long apprentissage du vocabulaire qui éclaire notions et institutions. En demandant à l'Inspecteur général Gildas Bernard de procurer à l'amateur d'histoire familiale un très simple fil d'Ariane, je faisais un pari que j'espère gagné. On peut renvoyer à son jardin celui qui ne sait pas, parce qu'il ne sait pas. On peut aussi faire de lui un assisté intellectuel en lui faisant croire qu'il a fait une oeuvre, alors qu'on ne lui a laissé que la part facile du travail. On peut enfin, et c'est à cette voie moyenne qu'est consacré ce livre, mettre le futur chercheur sur le bon chemin et le laisser ensuite travailler puisqu'en définitive c'est à cette tâche qu'il trouve satisfaction.

Puisse ce livre ouvrir des perspectives nouvelles à ceux qu'attire la joie de chercher et qui savent que le bonheur de l'historien n'est pas de trouver le document qu'il fallait trouver, mais de découvrir dans ses aspects les plus divers cette terre inconnue qu'est encore le passé. Nombreux sont, parmi mes collaborateurs, les conservateurs en chef et conservateurs des Archives de France, ceux qui, en acceptant très simplement de répondre à l'appel des lecteurs et au mien, ont enrichi cet ouvrage de leur expérience et de leur science. C''est en leur nom que je dédie ce Guide des recherches sur l'histoire des familles à tous ceux qui se soucient de leur passé propre, non pour fuir leur siècle mais pour comprendre ce qu'ils y sont.
 
 
Jean Favier
 
Directeur général des Archives de France
 

 
 
 
 
 
Le Guide des recherches sur l'histoire des familles est en ligne sur ce site grâce
aux aimables autorisations de Gildas Bernard et du Ministère de la Culture, accordées à Jean-Luc Monnet.
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